Vêtements (chemises) à recycler dans une pendrie

Recycler ses vêtements en évitant les points de collecte douteux

Le geste écolo qui fait du bien

Ayant épuisé les possibilités de customisation ou de revente, vous décidez de recycler vos vieux vêtements. Bien ! Il ne faut pas les mettre à la poubelle : 95% des textiles jetés pourraient être recyclés. Même en mauvais état, comme on le verra, ils valent beaucoup !

Vous gagnez de la place et cessez d’être nargué par vos vieux vêtements qui nous rappellent que vous n’avez rien à vous mettre malgré une armoire pleine.

Côté écologie, vous y trouvez votre compte : moins de déchets dans vos poubelles, moins de coton à cultiver…

A la recherche d’un conteneur de collecte

Vous portez donc vos textiles dans la bonne la plus proche.
C’est de moins en moins difficile : les points de collecte abondent : dans les magasins, sur les parkings des supermarchés, dans les associations caritatives : tant d’endroits tendent la main à vos vieux habits.

Et sans le savoir, de la même manière que si vous déposiez un bulletin de vote dans une urne, en déposant vos vêtements dans un conteneur, vous participez à une véritable guerre économique dans laquelle des millers d’emplois sont en jeu.

La guerre des chiffoniers

Vos vieux vêtements, même déchirés, tachés, inmettables, sont loin d’être des déchets qu’il faut retraiter à un coût élevé… Il n’y a pas, derrière chaque benne, de nobles compagnons qui se dévouent pour réaliser cette tâche ingrate à marge quasi nulle, le tout pour l’amour de l’écologie et le bien-être commun.

Non, pas du tout.

Vos fripes valent de l’or ! Quel que soit leur état, elles sont une pièce infime d’un marché de plusieurs milliards d’euros que des multinationales essayent de voler à l’économie sociale et solidaire.

Pourquoi une telle guerre ?

Tout provient d’une manne financière énorme : l’éco contribution.

Les producteurs de textiles (metteurs sur le marché) doivent payer une taxe sur le volume produit. Cette taxe est centralisée puis ensuite redistribuée aux collecteurs, trieurs et recycleurs. Pour chaque tonne de produits textiles triés, les entreprises récupèrent 69 euros d’éco contribution.

Et elles gardent bien sûr toute latitude pour utiliser cette matière première gratuite : revente, recyclage… les débouchés sont porteurs, surtout lorsque le cours du coton flambe. Le prix de la tonne de textile triée est passé de 80 à 400 euros entre 2007 et 2013. L’éco contribution n’est qu’une cerise sur le gâteau !

Les contributions sont centralisées par Eco-TLC.

Sur les 700 000 tonnes annuelles potentiellement triables et valorisables, seules 105 000 tonnes le sont. L’objectif de l’éco-organisme ECO-TLC, est de faire croître ce volume jusqu’à 350.000 tonnes, soit 50% du potentiel.

Un point important :

Le reversement des contributions financières est fonction du pourcentage de valorisation obtenu, du développement des collectes et de la création d’emplois notamment dans le domaine de l’insertion.

>Le mécanisme est centré sur les opérations de tri et non de collecte. Collecter ne suffit pas à justifier la perception de la contribution il faut valoriser efficacement. Par ailleurs une partie de la contribution dépend des efforts d’insertion réalisés par les opérateurs de tri.
Source : CCI Paris, obligations des producteurs textiles

Ce qui se passe après le conteneur

Le camion passe, il déverse son stock dans un des  immenses entrepôts de l’organisme trieur, qui vendra soit des vêtements portables soit des sous-produits et produits transformés, en France et à l’étranger.

Eh oui, avec une ressource gratuite, on peut en faire des choses ! Et si on peut toucher de l’éco contribution en bonus, c’est encore plus facile d’avoir une excellente rentabilité !

En apportant ses vêtements à un endroit plutôt qu’un autre, on participe à la guerre des recycleurs. Alors, à qui donner ses vieux vêtements ? Voici un panorama des choix.

 

Le Relais : pionnier de l’économie sociale et solidaire

Logo Eco TLC, signalant un point d'apport de vêtements en confiance

Créé il y a 30 ans, affilié à Emmaüs, l’idée du Relais, c’était de créer des emplois d’insertion pour les personnes en grande difficulté autour du tri et de la valorisation des vêtements.

Aujourd’hui, il assure 55% de la collecte en France grâce à ses 18 000 conteneurs à vêtements.

La liste des 41 700 points d’apport : https://www.lafibredutri.fr/je-depose

Le logo indique que le point d’apport permet de déposer en toute confiance les vêtements, textiles et chaussures.

Que deviennent les vêtements

Il faut bien comprendre que les vêtements ne sont pas donnés à des personnes dans le besoin. Vendus, peut-être mais pas donnés.

Les vêtements sont acheminés dans l’un des 14 centres de tri (chiffre 2012).
Là, des salariés du Relais ouvrent les sacs collectés, réalisent un premier tri entre le textile et le non textile.

Ensuite :

  • Les meilleures pièces (la Crème dans le jargon) sont sélectionnées pour être distribuées dans l’une des 70 boutiques « Ding Fring » de l’entreprise. La Crème représente 6% de la collecte, mais 25% du chiffre d’affaires. La part du réemploi chute cependant : les sites de ventes en ligne récupèrent une partie des meilleures pièces, et la qualité générale des textiles baisse d’année en année… Si vous pensez que l’on y trouve que des fripes, détrompez-vous : les conteneurs Le Relais trouvent parfois des stocks de boutiques ayant mis la clé sous la porte : des vêtements neufs, avec encore les étiquettes !
  • Les vêtements en moins bon étant sont vendues par balles en Afrique. Le tri permet de ne sélectionner que les vêtements adaptés au marché local ! Burkina Faso, Sénégal, Madagascar, sont les débouchés de la filière Le Relais. L’argent gagné sur place est réinvesti localement.
  • Une partie part en chiffons. Les coupeuses éliminent les pièces en synthétique et découpent les boutons et autres fermetures éclair.
  • Les pièces inutilisables, elles sont transformées en isolant ou en rembourrage et vendues comme telles aux industries automobiles ou de la construction, notamment sous forme de l’isolant Metisse.
  • Enfin, les petits déchets constituent la « brûle », du combustible.

Un des enjeux importants pour Le Relais, c’est de continuer à diversifier sa production et ses clients. Les débouchés de fibre isolante sont cependant assez saturés, et il est difficile d’y trouver la rentabilité.

Les jouets et les peluches sont mêmes revendus sur ebay « Les trésors du Relais » !
Edit de juin 2018 : la boutique ebay des Trésors semble avoir disparu…

Le but du Relais est avant tout de créer de l’emploi tout en valorisant le textile, et non de vêtir les nécessiteux.

Le modèle social du Relais

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Le Relais Envers et Contre Tout (le)
2 Avis
Le Relais Envers et Contre Tout (le)
  • Martin Hirsch, Pierre Duponchel
  • Éditeur: Rue de l'échiquier
  • Édition no. 1 (02/03/2009)
  • Broché: 144 pages
Les établissements Le Relais sont des SCOP (Société Coopérative et Participative). Le ratio des salaires entre le PDG et le salarié le moins payé est de 1 à 3.
60% des contrats en CDI
40% de contrats sont des contrats d’insertion
Les décisions se prennent sur le principe « Une personne, une voix » avec deux objectifs : créer de l’emploi solidaire et assurer à la SCOP une rentabilité.

Le Relais, cible de polémiques

L’utilisation du logo Emmaüs

Certains reprochent au Relais d’utiliser le logo Emmaüs sur les conteneurs alors que les vêtements ne leur sont pas donnés. Le donneur a l’impression que la borne de dépôt est une facilité pour donner à Emmaüs et s’estime trompé.
En réalité, Le Relais verse 1 euro par tonne (comme le font les autres collecteurs) à l’association pour le droit d’utiliser son logo. Cela apporte une ressource à Emmaüs. Même si cela peut paraître discutable, il faut bien comprendre qu’Emmaüs n’a pas forcément la capacité technique de trier autant de volume ! Ce modèle économique est également adopté par d’autres associations et d’autres trieurs.

L’export des tonnages

On leur reproche aussi d’exporter, de revendre les tonnages directement issus des conteneurs vers des pays du Moyen-Orient et d’Afrique, pour environ 500 euros la tonne.

Selon son président, 10 000 à 12 000 tonnes n’ont pas été triées en France (et donc n’ont pas été éco contribuées, car seul le tri donne droit à l’éco contribution). Ces tonnages dépassent la capacité du Relais (source) : quel mal à valoriser cette ressource en la vendant ?

Les ventes se feraient au nom de la société du Président, Nord-Sud Export

Cette société, immatriculée à Dubaï dans une zone franche sans impôt, serait co détenue par le Président du Relais et servirait de circuit de commercialisation à l’international des textiles non triés en France.

Source le midi libre : https://www.midilibre.fr/2013/09/04/la-guerre-des-chiffonniers-ces-conteneurs-a-textile-que-l-on-s-arrache,752540.php

La polémique a été telle qu’Emmaüs préfère parfois revendre ses collectes directement au privé plutôt qu’au Relais.

Malgré ces polémiques, Le Relais reste une entreprise d’insertion qui aide réellement des personnes, et, comme vous allez le voir, on ne peut pas en dire autant des autres…

Ecotextile

Ecotextile  est une société privée qui achète des vêtements aux associations caritatives ayant des excédents (qui revendent les excédents), ou qui collecte via ses propres conteneurs, portant le logo des associations partenaires.

On peut encore une fois s’étonner que l’association dont le logo est affiché sur le conteneur ne voit au final jamais  la couleur de vêtements : elle ne fait que mettre à disposition son image en échange d’une rémunération indexée sur le volume collecté. C’est par exemple le cas de WWF, qui affiche son logo sur les conteneurs Ecotextile.

Mais après tout, cette ressource est bienvenue pour les associations et le message est au final assez transparent : en déposant dans cette benne, on aide l’association. On vote avec ses vêtements !

Ecotextile annonce annoncent 15 000 tonnes collectées par an, et un rôle d’employeur solidaire et d’insertion marqué. D’un autre côté, c’est normal : cela fait partie du cahier des charges d’Eco-TLC pour toucher la contribution financière !

Leur centre de tri est à Appilly (Oise).

Le secours populaire et la Croix Rouge, Oxfam

Les associations sont davantage orientées vers une optique de don, même si elles ont toutes une boutique.

Ils n’aiment pas trop recevoir devant leur porte, mieux vaut donner ses vêtements en bon état (dignes d’être vendus en boutique) pendant les horaires d’ouverture. Les excédents et les pièces non portables seront revendus à des acteurs privés, disposant des capacités de traitement adaptées.

Où trouver les lieux de collecte :

La reprise des vieux vêtements chez H&M

Surfant sur la fibre écologique, la chaîne H&M affiche également un programme de recyclage.

Pour chaque sac de vêtements apporté (contenant au moins trois pièces), un bon d’achat de 5 euros pour 30 euros d’achats est offert. Ce bon ne peut être utilisé sur des promotions ou cumulé avec une autre réduction. Chaque magasin collecte ainsi en moyenne 100 kg de textiles par semaine : ne croyez pas que le vendeur ou la vendeuse vous regardera avec des yeux écarquillés : ils sont habitués !

H&M insiste sur le fait que toutes les pièces sont apportées : vêtements comme linge de maison, H&M comme d’autres marques, en bon état comme usés… Apportez tout : c’est le recyclage à la tonne qui les intéresse ! Les vêtements ne seront pas réellement triés.

En outre, les distributeurs savent très bien que le plus difficile est d’amener le consommateur en magasin… Si en plus on peut se payer une campagne d’image ! Cela leur permet également d’abaisser les coûts de production puisque les consommateurs apportent les matières premières des produits qu’ils achèteront…

Où vont les vêtements collectés par H&M ?

H&M indique qu’ils sont vendus à « I:Collect spécialiste du recyclage ».

Qui est I:CO ? Allons voir sur leur site. On apprend qu’ils sont la filiale de Soex Group, un groupe allemand dont voici une vidée de présentation (très COGIP) :

En remontant la chaîne, on s’aperçoit donc qu’il s’agit d’une grosse multinationale, à l’opposé du Relais.

Le tri manuel qui a vocation d’insertion chez Le Relais est ici remplacé par l’ « usine la plus moderne du monde », les boutiques pour nécessiteux sont remplacés par les « partenaires commerciaux »…
Aucun accent mis sur les salariés, pas de solidarité. On parle de machines et de processus « zéro déchet ».

Donc chez H&M, les vêtements partent chez Soex… mais en échange d’un bon d’achat.

Les multinationales qui tentent de prélever du volume : Suez Environnement

Déjà présentes sur les marchés des déchets ou de l’eau, les multinationales de service aux collectivités ont bien l’intention de participer au recyclage.

Les collectivités locales ont tout à gagner à inciter les trieurs et recycleurs à installer des conteneurs : c’est autant en moins dans les déchetteries !
Veolia, Suez, répondent aux appels d’offre cannibalisant une partie de la collecte de l’économie sociale et solidaire.

Un petit reportage sur la manière dont les Box’Textile Sita (Suez) ont réduit la collecte chez Emmaüs :

Les arnaques pures

L’expérience québecoise

http://www.journaldemontreal.com/2015/05/15/la-guerre-aux-uvres-de-charite

Un journal québecois a placé une boîte (un conteneur) à coté d’autres boîtes, avec des couleurs pastel, du vert et des photos d’enfants… Non seulement elle se remplit toute seule, mais surtout, en laissant un numéro de téléphone, le journal a reçu de nombreuses d’offres de rachat des textiles collectés !

En France, les arnaques à la collecte « solidaire »

https://www.ladepeche.fr/article/2013/11/15/1753324-revel-une-collecte-solidaire-qui-sent-l-arnaque.html

En France aussi, des collectes « à domicile » sont parfois organisées par des margoulins qui se contentent de parasiter la collecte des acteurs tels que Le Relais et de revendre la marchandise au plus offrant… Méfiance !

Chez qui donner alors ?

Les collecteurs, trieurs et recycleurs ne sont certainement pas des colporteurs, ferrailleurs ou chiffoniers à petit échelle. Il s’agit d’un vrai industriel qui dépent de nos donc. On a dans les mains une matière première que l’on va donner gratuitement (ou contre un bon d’achat pour les plus vénaux).

Donner des vêtements, c’est finalement comme donner de l’argent. C’est aussi une forme de vote : on vote pour la société qui aura le droit de toucher le gain de la revente, mais on vote également pour le modèle de société que l’on souhaite : souhaite-t-on créer des emplois d’insertion ou gagner un bon d’achat ?

Mais donner, même aux multinationales, c’est déjà mieux que la poubelle (que les multinationales exploiteront aussi, d’ailleurs !). On réduit le poids de nos déchets, le volume des décharges, on évite de cultiver à nouveau de la matière première non alimentaire.

Le textile est un très bon secteur d’insertion : la collecte, le tri, le classage, la transformation, la vente permettent d’offrir une bonne diversité de métiers et les acteurs sont incités à créer des emplois d’insertion.

Néanmoins, les tris de plus en plus mécaniques, notamment optiques permettant de déterminer la composition du tissu, représentent une menace pour l’économie d’insertion. De même pour les multinationales qui prennent de l’activité à Emmaüs et qui ont une meilleure rentabilité notamment parce qu’elles ont de meilleures capacités à trouver les meilleurs débouchés commerciaux.

Le choix d’Hannibal, c’est d’aller au plus simple et le plus proche, en préférant si c’est possible Le Relais pour les bennes, sinon en allant ailleurs.
Idéalement, il faut donner avant la saison pour maximiser la probabilité d’être en boutique (vêtements d’été au printemps, d’hiver en automne).

La marge de progression sur le marché de la collecte reste grande puisque les Français ne produisent que 2 kg de textile collectés par an et par habitant, contre 4 à 5 kg en moyenne en Europe et 9 kg en Allemagne.

3 commentaires

  1. Bonjour,
    Bravo, très bel article, beau résumé clair et précis 🙂
    Après avoir vu plusieurs résumé concernant le recyclage des textiles, je suis d’accord avec vous le relais, en don, est peut le plus responsable.
    Néanmoins, n’oublions pas d’autre façon de valoriser nos vieux vêtements, surtout pour ceux encore en très bon état. Pensez au dépôt-vente, vous en avez autour de chez vous, et il en existe aussi sur le net. Dans ce système, tout le monde est gagnant, vous récupérez un petit %, les clients achètent des articles nickel à moindre coût, et le commerçant peut vivre de son travail. Je gère un dépôt vente depuis 7 ans, et j’ai la chance d’avoir une clientèle agréable et fidèle qui m’ont permis d’embaucher mon apprentis en cdi il y a un an, et bientôt une 2ème personne (un peu de pub 😉 http://www.lilouframboise.com ). C’est un travail qui demande énormément de temps de travail, mais où les débouchés sont certaine (avec un peu d’aide se serait encore mieux) et notre rôle dans le recyclage n’est pas négligeable non plus, et malheureusement nous ne bénéficions d’aucune aide. Mais je ne suis pas le seul, et sur de grosses structures sur le net comme patatam, ils embauchent, plus de 50 personnes. Alors ne nous oublié pas et regardé près de chez vous!!!!
    Merci.

    1. Bonjour Lilou,

      Merci pour votre commentaire !

      Vous m’avez convaincu et je vais ajouter un paragraphe sur les dépôts-vente dans mon article (avec un lien vers le vôtre et patatam).
      Le circuit est en effet à la fois court, créateur d’emplois, et valorise plus efficacement puisqu’il permet de réutiliser en l’état.
      En ligne, c’est plus compliqué puisqu’il y a les frais de port qui peuvent vite représenter une proportion élevée de petits montants, et que l’on perd la possibilité de « toucher », souvent perçu comme plus important pour de l’occasion que du neuf.

      Très bonne journée à vous
      Hannibal

  2. Merci pour votre retour 🙂
    ça fait toujours plaisir d’être entendu,
    Bonne continuation et très bonne journée à vous aussi
    Simon – Lilou Framboise.

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