Vie frugale, Ă©cologique et Ă©conomique

Faire ses courses en vrac : du rĂȘve (des Ă©conomies grĂące au zĂ©ro dĂ©chet) Ă  la rĂ©alitĂ© (c’est cher !)

Bacs verticaux dans un magasin de vrac

Faire ses courses en vrac est Ă  la mode.

Ou du moins, on essaye de le rendre Ă  la mode. On lit un peu partout que c’est une solution dans l’air du temps, zĂ©ro dĂ©chet et Ă©colo, Ă©conomique et sympa, bref, que ce serait un non-sens total de passer Ă  cĂŽtĂ©.

Quand j’ai entendu parler de vrac, ça m’a tout de suite plu. Hannibal, frugal, Ă©colo, c’est des choses qui lui causent, c’est comme ça.

Mais ça, c’était avant de me confronter Ă  la rĂ©alitĂ© du vrac.

Faire ses courses en vrac : le rĂȘve = un moyen de faire des Ă©conomies

En thĂ©orie, faire ses courses en vrac devrait ĂȘtre moins cher.

Moins d’emballages, c’est moins de matĂ©riaux utilisĂ©s dans la fabrication, moins de poids transportĂ©, moins d’espace utilisĂ© en magasin, moins de manutention pour mettre en rayon…

C’est aussi moins de marketing (pas de dessin ou photo sur l’emballage, pas de graphiste, de logo, de textes
 ).

Bref, tous ces « moins » devraient fort logiquement rimer avec « moins cher ».

C’est d’ailleurs l’argument simplet avancĂ© par tous les journalistes qui font leur petit papier sur le vrac : « sans emballage, les produits reviennent moins cher au kilo », « le magasin Ă©vite tous les coĂ»ts liĂ©s au gaspillage alimentaire ». Ils mettent l’accent sur le petit folklore des bocaux, tupperwares et pots de confiture recyclĂ©s…

PlutĂŽt que de recopier les arguments Biocoop ( qui annonce 5% Ă  30% moins cher que le supermarchĂ© en rĂ©duisant les marges, en mutualisant les achats et la livraison, et en rĂ©duisant les emballages), nos journalistes feraient mieux de se rendre dans un magasin de vrac avec l’intention de faire leurs courses !

Faire ses courses en vrac : la rĂ©alitĂ© = c’est plus cher !

Ça me fait d’ailleurs bien rigoler tous ceux qui en font tout une quĂȘte « Commencez petit Ă  petit », « Investissez dans des bocaux de qualitĂ© », « Notez les dates des achats »  C’est thĂ©Ăątraliser un peu un achat simple
 et surtout passer Ă  cĂŽtĂ© de l’essentiel :

Le vrac, ça coĂ»te, et pas qu’un peu !

Si l’on Ă©tait venu pour faire des Ă©conomies tout en adoptant une bonne pratique Ă©colo, on se rend vite compte qu’on est en train de payer une contribution financiĂšre pour l’écologie.

Pourquoi ?

Parce que c’est en gĂ©nĂ©ral bio.

Et le surcoĂ»t du bio compense allĂ©grement l’économie rĂ©alisĂ©e par l’absence d’emballage.

D’ailleurs, si c’était vraiment moins cher que le non-vrac, ça se verrait dans la clientĂšle.

Or, on constate que le vrac n’attire pas des pauvres mais plutĂŽt des personnes Ă  la sensibilitĂ© Ă©cologique disposant d’un bon pouvoir d’achat !

Les réponses du vrac : les « Oui mais »

« Oui mais c’est bio ! »

C’est un fait : les commerces engagĂ©s dans la rĂ©duction des dĂ©chets ont souvent une fibre Ă©colo (voire un militantisme assumĂ©), et fort logiquement prĂ©fĂšrent vendre du bio ou de la transition vers le bio.

Cela serait idĂ©al si, pour le consommateur, l’économie d’emballage lui permettait gratuitement de passer au bio sans surcoĂ»t.

En pratique, la promesse a dĂ©viĂ© vers « 5 % Ă  30 % moins cher… Ă  qualitĂ© comparable ». Et la qualitĂ©, eh bah c’est fort subjectif !

En rĂ©alitĂ©, c’est mĂȘme pire : le vrac achetĂ© en boutique bio est souvent plus cher que le non-vrac bio de supermarchĂ©.

Alors, plutĂŽt que de dĂ©battre sur la qualitĂ© relative des produits, je repose la question : oĂč passe l’économie liĂ©e Ă  l’absence d’emballage ?

« Oui mais on achÚte juste ce dont on a besoin, ça évite le gaspillage »

J’ai lu que l’on gaspillait 90 Ă  140 kg de nourriture par an. Cela me semble Ă©norme. En rĂ©alitĂ©, la plupart est gaspillĂ©e en amont (production de fruits et lĂ©gumes qui arrive en mauvais Ă©tat, invendus…). Ce que l’on jette dans la poubelle doit ĂȘtre marginal je pense.

Est-ce que le vrac permet de moins gĂącher ?

Est-ce qu’en achetant moins, on laisse moins de produits se pĂ©rimer ? La plupart du vrac est sec (riz, farine, flocons d’avoine…), je doute fort que ce soit vraiment ici que se trouve le gaspillage.

Je sais pas vous, mais moi je n’achĂšte pas 60 grammes de riz quand j’en ai envie aujourd’hui. Cela fait partie des basiques, ça ne me dĂ©range pas d’avoir un kilo qui traĂźne et quand je le finis j’en rachĂšte.

Et les conditionnements des supermarchĂ©s laissent le choix. On m’a rarement incitĂ© Ă  prendre 5 kg d’amandes au supermarchĂ©, j’ai jamais ressenti le sentiment de dire « oh, ce produit pĂ©rissable n’existe qu’en 5 kg, dommage, je n’en achĂšte pas Â». La poudre d’amandes se vend en 100 grammes, etc. Les industriels ne sont pas totalement idiots non plus, ils font des tailles adaptĂ©es.

(Pour pousser la logique plus loin, on peut mĂȘme penser que ce qui cause du gĂąchis, c’est les paniers d’AMAP : quand on vous donne 2 kg de poires mĂ»res qui ne dureront que quelques jours, si vous ne faites pas des confitures ou autres immĂ©diatement, une bonne partie finit Ă  la poubelle…)

« Oui mais si je veux exactement 532 g de sucre, je peux les acheter au vrac »

Dans un commerce traditionnel, plus on achĂšte gros, moins c’est cher au kilo. On le voit avec les sacs de riz Ă©normes des Ă©piceries asiatiques, ou les promos sur les sacs de 5 kg de patates dans les grandes surfaces. Le prix au kilo est une fonction dĂ©croissante du volume achetĂ©, c’est une des bases du commerce, que l’on retrouve naturellement au supermarchĂ©.

Le vrac permet de doser au plus juste. Il y a un aspect pratique et un aspect Ă©conomique.

L’aspect pratique, c’est que l’on stocke de choses inutiles chez soi. Et c’est gĂ©nial pour les recettes oĂč on te demande 15 noisettes et une cuillĂšre Ă  soupe d’une Ă©pice dont tu n’as que faire au quotidien.

L’aspect Ă©conomique, c’est dans un vrac, le prix au kilo est le mĂȘme quelle que soit la quantitĂ© achetĂ©e. Alors cela avantage ceux qui achĂštent peu.

Mais au final est-ce avantageux pour le consommateur ?

Oui, certaines personnes qui ont un tout petit espace ou un budget Ă  l’euro prĂšs en fin de mois seront peut-ĂȘtre sensibles Ă  cet aspect « quantitĂ© exacte ».  J’avoue ne pas ĂȘtre dans cette situation. Mais ce n’est pas vraiment un argument puisque les prix sont plus cher au kilo… Si on paye les 532 grammes de sucre au prix du kilo ailleurs, comment dire…

« Oui mais on évite les tentations »

Là encore, c’est une affaire personnelle.

C’est vrai, les supermarchĂ©s aiment mettre des promos en tĂȘte de gondole.

Mais le vrac est-il moins tentant que le supermarchĂ© ? Certaines personnes sont sensibles aux Ă©tiquettes jaunes et aux promos, d’autres non. Frugal, j’ai le prix des choses en tĂȘte et je sais leur valeur.

Je peux comprendre que certaines personnes trouvent les silos du vrac (les trĂ©mies pour employer le nom exact) si peu sexy qu’elles n’achĂštent que ce qu’il y a sur leur liste de courses.

Mais moi le vrac me fait l’effet inverse ! J’ai envie d’acheter un peu de tout et je me retrouve souvent avec des produits dont je ne sais quoi faire en me disant « Allez, juste un peu, je verrai bien, c’est l’occasion de tester ». Je trouve ça hyper ludique, hyper joli… en fait, le vrac augmente ma tentation. Et je ne dois pas ĂȘtre le seul.

« Oui mais on limite les emballages »

LĂ  c’est vrai. On en retire une satisfaction Ă©cologique. Mais on paye plus cher. Pourrait-on donner directement aux causes qui nous intĂ©ressent ?

« Oui, mais le vrac incite à cuisiner des produits bruts, donc on économise par rapport à des produits préparés »

…et c’est meilleur (argument alternatif : on a des remplacements Ă  la viande donc cela revient moins cher)

OK, mais pour moi, un produit c’est un produit…

Un magasin de vrac sert à vendre, pas à te créer un mode de vie.

J’ai le choix entre la farine du vrac ou celle du supermarchĂ©. Dire que la plus chĂšre t’incitera Ă  modifier ton mode de vie de telle ou telle maniĂšre, c’est un raisonnement assez tordu.

D’ailleurs, je ne suis pas certain que le fait maison soit moins cher. Parce que les commerçants font des Ă©conomies d’échelle : dans un four Ă  pain ils en mettent 100, ils ont des meilleurs prix que moi, rentabilisent mieux leur travail
 Mais c’est un dĂ©bat autre que le vrac bio.

« Oui mais les produits sont de meilleure qualité / plus rares »

Oui, on a plus souvent des produits complets, des solutions crĂ©atives vĂ©gĂ©tariennes (mĂ©langes de lĂ©gumineuses par exemple). Et ces produits sont en gĂ©nĂ©ral plus rares, donc plus chers ? Non, des lentilles, on va pas dire que c’est sophistiquĂ©… Faut arrĂȘter lĂ .

Et pour les autres (pĂątes au quinoa Ă  la farine Ă©pinards sans gluten), il n’y a pas de base de comparaison, mais elles sont certainement plus chĂšres parce que produites en plus petits volumes.

C’est bien d’avoir le choix, mais l’argument « le vrac permet de faire des Ă©conomies » n’est toujours pas vĂ©rifiĂ© dans la rĂ©alitĂ© !

« Oui mais c’est un petit commerce, normal que ça soit plus cher »

Bon, lĂ  c’est vrai. Il n’a sans doute pas le mĂȘme pouvoir de nĂ©gociation que Carrefour ou Casino. Il paye son emplacement de centre-ville plus cher. Tout cela se rĂ©percute sur les prix de vente.

D’ailleurs, mĂȘme dans les chaĂźnes (Carrefour par exemple), on a :

Hypermarché > Supermarché > Supermarché de proximité > Supérette

Pour une comparaison honnĂȘte, il faudrait comparer avec supermarchĂ© de la mĂȘme taille type Carrefour City et Petit Casino. LĂ , certes, le vrac est presque compĂ©titif.

Maintenant, on trouve dĂ©sormais des rayons vrac « prĂȘts Ă  l’emploi » dans les supermarchĂ©s (LĂ©a Nature), avec des prix aussi Ă©levĂ©s que dans les petits commerces. LĂ  c’est clairement de l’entourloupe Ă  bobo. Un exemple ? Un mĂ©lange pour soupe Ă  8 € /kg composĂ© de lentilles, de haricots, de pois cassĂ©s… chacun des ingrĂ©dients pouvant ĂȘtre trouvĂ© Ă  2-3 € le kg en non bio et Ă  4 €/kg maxi en vrac, dans les trĂ©mies juste Ă  cĂŽtĂ© ! Au bout d’un moment, faut arrĂȘter de se foutre de la gueule des clients…

Ne dramatisons pas : le vrac est compétitif pour certains produits

J’ai remarquĂ© des prix meilleurs qu’en supermarchĂ© (bio comparĂ© au bio) sur :

  • Les Ɠufs
  • Les fruits/lĂ©gumes vendus au kilo alors qu’ils le sont Ă  l’unitĂ© en supermarchĂ© (avocat, pomelos… par exemple)
  • Les Ă©pices

Pour les Ɠufs, je suspecte que l’emballage joue assez dans le prix, et qu’il est plus facile de transporter et de manipuler les « palettes Â» d’oeufs que des boĂźtes individuelles.

Et pour les lĂ©gumes, le commerçant m’expliquant qu’il arrive Ă  ĂȘtre compĂ©titif lĂ  dessus parce que le vrac permet au producteur de vendre l’intĂ©gralitĂ© de sa production, alors qu’avec un supermarchĂ© il devrait trier (et Ă©ventuellement jeter) ce qui est trop gros ou trop petit pour le calibre.

Moches, gros, petits, les fruits et lĂ©gumes sont tous vendus au mĂȘme prix au kilo.

En fait, c’est pareil qu’au marchĂ©, et au marchĂ© on peut mĂȘme avoir des moches gratuitement.

Pour les Ă©pices, le vrac joue aussi son rĂŽle car le volume de l’emballage est trĂšs important par rapport au produit.

Mais sur le sec (riz, farine, cĂ©rĂ©ales, pĂątes…), le vrac ne sert souvent Ă  rien.

Et l’écologie dans tout ça ?

Alors, oui, j’ai moi aussi de paysans qui vivent correctement.
J’imagine qu’un commerce qui vend plus cher rĂ©munĂšre mieux les producteurs.

J’ai aussi envie de sols sains, de limiter le recours aux pesticides et aux antibiotiques.
Et j’imagine que le vrac bio est plus vertueux Ă  cet Ă©gard que le non-bio de supermarchĂ©.

J’aimerais aussi qu’il y ait moins de dĂ©chets, moins de trafic routier, moins de kilomĂštres parcourus par ma nourriture.
Et je sais que le vrac permet d’aller dans ce sens.

Je suis d’accord avec tout cela. Mais dans cet article, je ne parlais que impacts financiers pour l’acheteur. Car dans un monde capitaliste, le choix plus Ă©conomique draine Ă  lui tous les clients. Alors, pourquoi le vrac n’arrive pas Ă  ĂȘtre moins cher ?

Parce que c’est bio ?

Les chaĂźnes ne sont pas toutes bio. De mĂ©moire, Naturalia, Bio C Bon, La vie claire, Biocoop… sont bio, mais Day by day n’est pas bio. Et les indĂ©pendants en vrac ont leur propre politique (pour eux, local est souvent plus important que bio).

Passer au zéro déchet sans forcément passer au bio / vrac

Si vous souhaitez passer au zéro déchet sans dépenser une fortune dans un magasin qui vous fera payer cher votre envie de verdir la planÚte, il faudra vous prendre en main.

La checklist du zĂ©ro dĂ©chet vous donnera une dizaine d’Ă©lĂ©ments essentiels, Ă  commencer par la cuisine et la salle de bain, qui vous aideront Ă  rĂ©duire le volume de vos poubelles, Ă  moins consommer et Ă  dĂ©penser moins sans tomber dans les piĂšges du bio et des boutiques vrac.

Car le zĂ©ro dĂ©chet, c’est avant tout une dĂ©marche personnelle ! Elle n’est durable que si on se l’approprie et qu’on y trouve son compte. Il ne sert Ă  rien de se forcer si cela gĂ©nĂšre de la frustration.

En conclusion


Lorsque j’ai dĂ©couvert le vrac, j’imaginais naĂŻvement que structurellement moins cher, il allait rayer de la carte les commerces qui gaspillent, qui abusent des emballages, qui payent des publicitaires
 Eh bien j’étais naĂŻf.

Pourquoi ça marche pas ? Pourquoi rĂ©duire ses dĂ©chets et la pollution du transport devrait ĂȘtre payĂ©s par le consommateur ?

Le dĂ©bat est ouvert. J’ai jetĂ© mes idĂ©es en vrac (haha) j’adorerais en discuter avec vous !

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6 commentaires sur “Faire ses courses en vrac : du rĂȘve (des Ă©conomies grĂące au zĂ©ro dĂ©chet) Ă  la rĂ©alitĂ© (c’est cher !)”