Sel rose himalaya dans un flacon

Sel rose de l’Himalaya dans l’alimentation : STOP !

Le sel de l’Himalaya est paré de nombreux bienfaits…

On vous parle d’incroyables vertus…

D’un sel qui a des effets bénéfiques sur la santé…

De propriétés contre la migraine…

Et si on triait le vrai du faux sur le sel rose de l’Himalaya ?

Ce sel est-il toxique ?

Présente-t-il un danger ?

Comment l’utiliser ?

Quelles sont ses propriétés en cuisine ?

Hannibal vous dit tout !

Note : Après la lecture de cet article, je vous invite à consulter la section « Commentaires », notamment le message de Bressà (8 mars 2019).
Nous avons en effet la chance d’avoir le témoignage d’un ancien importateur de sel de l’Himalaya, aussi ancien responsable d’une saline, qui nous fait part de la réalité cachée derrière les habillages commerciaux de ce sel. Lecture indispensable !

Le sel rose de l’Himalaya, c’est quoi au juste ?

Tout d’abord, l’Himalaya est vaste. Très vaste.

Tellement vaste que le sel de l’Himalaya provient en réalité du Punjab, une région du Pakistan (qui produit également du riz basmati).

Le dépôt de sel provient d’une mer intérieure de l’époque Permienne et Crétacée, il y a environ 100 à 200 millions d’années. Cette mer s’est retrouvée enfermée et s’est évaporée, laissant un large dépôt de sel, coloré par des bactéries halophiles (qui peuvent se développer dans un milieu riche en sel (NaCl).

Par la tectonique des plaques, le dépôt s’est ensuite retrouvé dans une montagne, créant la mine de sel de Khewra au Pakistan (dont je vous parle sur l’article sur les lampes de cristal de sel).

Cette concentration de sel aurait été découverte par Alexandre le Grand et ses troupes. Au cours d’une pause dans la région, ils ont remarqué que les chevaux appréciaient particulièrement de lécher la roche, à cause des dépôts de sel dont elle était recouverte.

L’exploitation du sel et la création d’une mine dateraient de l’an 1200. Au final, la mine se trouve à 300 km de l’Himalaya.

Les premiers indigènes de la région utilisaient du sel rose comme conservateur pour le poisson et d’autres aliments qui se gâtaient rapidement. Quant au sel, il est mentionné pour ses vertus médicales dans de nombreux textes d’Égypte ancienne et de Grèce antique, mais rien de spécifique au sel rose de l’Himalaya !

Les bienfaits avancés par tous les sites bio et bobo

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Voici un florilège des bienfaits trouvés sur divers sites internet (la littérature sur le sujet ne manque pas, même si il y a beaucoup de copier coller et de mauvaises traductions de l’anglais !). Tous indiquent que le sel de l’Himalaya est supérieur au sel de table classique (sel de mer). Listons les supposés avantages avant de les analyser.

1. Le sel de l’Himalaya régule l’eau dans le corps

Ma réponse : oui, le sel est un électrolyte, et en cela il participe à la circulation des impulsions électriques partout dans le corps et contribue au fonctionnement optimal des neurones, des nerfs, des muscles… Le seul contrôle aussi la soif : si l’on manque de sel, on a une moindre sensation de soif et donc risque de se déshydrater.

Ce sont des bons arguments (même si on est rarement carencé en sel, mais on en reparle plus bas). Mais pourquoi le sel de l’Himalaya serait-il supérieur au sel de mer ?

2. Le sel de l’Himalaya prévient l’hypertension

Cet argument se fonde sur une étude du Journal of the American Medical Association qui, contrairement à l’idée reçue, n’a vu aucune corrélation entre la tension artérielle et la consommation de sel. Ici encore, que vient faire le sel de l’Himalaya ?

3. Le sel de l’Himalaya limite les crampes musculaires

Ici encore, on utilise l’argument des électrolytes. Pendant le sport, on transpire et donc on a besoin de refaire son stock de sel. Les boissons pour sportifs contiennent d’ailleurs un peu de sel, contrairement aux jus de fruits du petit déj. Mais encore une fois (cela ne devient lassant), pourquoi l’Himalaya ?

4. Le sel de l’Himalaya a le meilleur pH

Sel rose de l'himalaya dans une cuillère
Sel rose de l’himalaya dans une cuillère

Le pH de notre corps oscille entre 7 et 7,7.
Le sel étant plutôt alcalin (basique), il peut aider à réguler un organisme qui a tendance à l’acidité. C’est vrai, mais ce n’est pas uniquement lié à ce sel.
En outre, le régime acido-basique manque d’études avérées montrant sa pertinence. Les réaction d’oxydoréduction dans l’organisme sont plus complexe que le simple fait de consommer des aliments à tel ou tel pH.

5. Le sel de l’Himalaya contient beaucoup d’oligo-éléments

C’est vrai. Sa composition détaillée nous indique qu’il contient des traces de 84 minéraux, dont certains composent naturellement dans notre organisme. Mais est-ce nécessaire d’ingérer du plomb, de l’uranium radioactif, des sulfates ? Tout ce qui vient de la nature n’est pas forcément bénéfique…
Nous n’avons besoin que de 15 de ces oligo-élements, et nous les trouvons facilement dans notre alimentation quotidienne sans avoir à piller les montagnes pakistanaises.
En outre, la quantité est en général trop faible pour avoir un quelconque effet sur la santé.

6. Le sel de l’Himalaya est moins pollué que le sel de mer

L’argument est le suivant : le sel de l’Himalaya a été prélevé au sein de la terre. Il n’a donc jamais connu de pollution ni accumulé de rejets toxiques de l’atmosphère.
En réalité, le sel tel que prélevé est très, très sale. Il doit être lavé avant usage. Impérativement.

La vérité sur ce sel (et ses effets néfastes)

La vérité

C’est vrai, ce sel a un goût atypique et une couleur originale. Il rend très bien dans un moulin à sel transparent ou en cristaux dans une salade. Enfin, il sale moins que le sel de mer. Il est aussi moins hydrophile, c’est à dire qu’il attire moins l’eau et donc contribue moins à la déshydratation.

Mais tous les avantages sont discutables, ou du moins ne sont pas spécifiques au sel de l’Himalaya.

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2003 : rapport de l’agence de protection du consommateur bavaroise

En 2003, l’agence de protection du consommateur bavaroise a analysé 15 types de sels de l’Himalaya commercialisés en Allemagne. L’agence a conclu que :

  • 100 % des sels commercialisés provenaient du Pakistan
  • comme tous les sels, leur consommation excessive pouvait causer l’hypertension (forte pression sanguine)
  • les spécimen contenaient 95% de chlorure de sodium (sel), contaminés de 2 à 3% de gypse et des traces d’une dizaine de minéraux.

2017 : rapport de l’office fédéral suisse de la sécurité alimentaire

En 2017, l’agence suisse Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV)  a publié un rapport d’analyse sur les sels spéciaux (sels roses de l’Himalaya, sels noir de Hawaï, sel bleu de Perse, sel du Kalahari, sel de Kala Namak, sel de bambou, fleur de sel, sel pyramide blanc… il y en a plein !). Le rapport, disponible ici (pdf en anglais, mais prenez le temps de le lire, c’est vraiment très intéressant si vous vous intéressez aux sels), arrive aux conclusions suivantes :

  • Tous les sels analysés contenaient entre 83 % et 99 % de chlorure de sodium NaCl (sel de cuisine ou sel de table).
  • Les sels spéciaux ont un taux de chlorure de sodium plus proche de 94 %. De quoi le reste est-il constitué ? Des oligo-éléments utiles à la santé (fer, zinc…) mais aussi certains contaminants comme l’aluminium, l’uranium ou le cadmium… mais tous en quantité insuffisante pour causer un quelconque bienfait ou dommage à la santé.

5 grammes de sel représentent moins de 2% de la quantité journalière recommandée en « bons » nutriments, et 1% de la dose dangereuse pour les « mauvais » éléments.

Les sels de Perse de distinguent leur taux élevé de potassium (5 grammes de sel couvrant 25% des besoins journaliers en potassium). Quant au sel de l’Himalaya, il contient une bonne quantité de fer (qui contribue aussi à sa couleur, plus il est rose, plus la concentration est forte), mais sous forme d’oxyde insoluble, difficilement assimilable par l’organisme.

En réalité, le sel de l’Himalaya naturel :

  • est chimiquement identique au sel de mer
  • est coloré par la présence de micro-organismes (pas forcément rose, on en trouve dans diverses teintes, y compris le vert)
  • contient de nombreuses impuretés (gypse, chrome, fer, zinc, plomb, sulfates, cuivre…) – Pour un détail complet sur les impuretés, je vous invite à vous reporter à ce journal scientifique pakistanais (lien pdf)., mais en quantité si infime qu’ils ne sont ni bénéfiques, ni dangereux.

Ce dernier point, qui est fondamental :

Les résidus de minéraux divers que l’on trouve dans le sel rose de l’Himalaya sont en quantité si infime qu’ils ne sont ni bénéfique ni dangereux. Il faudrait avoir une consommation monumentale de sel pour arriver à des effets sur la santé.

Les effets néfastes sur la santé du sel rose de l’Himalaya

Cependant, les résidus minéraux ne sont pas les seuls acteurs qui peuvent avoir un effet sur notre santé.

1. Le sel rose de l’Himalaya est extrêmement travaillé avant d’atteindre la table

Ce n’est pas parce qu’il vient du cœur d’une montagne qu’il est magiquement pur et propre à la consommation !

La réalité qui se cache derrière l’habillage commercial ressemble à ceci :

Après l’extraction de la mine (souvent à la dynamite), les impuretés et minéraux sont retirés par réactions mécaniques ou chimiques, et un agent dessicant est appliqué afin de limiter l’humidité. Enfin, de l’iode est parfois ajoutée pour lui permettre d’être vendu comme sel. Vérifiez les étiquettes !

Et je passe sur la notion de « sel rose de l’Himalaya bio » !

2. L’absence d’iode vous expose à des problèmes de thyroïde

Si le sel de l’Himalaya non iodé est votre seul apport de sel, vous aurez un problème. Le corps a besoin d’iode, et ce sel n’en contient pas naturellement. Vous risquez donc une carence en iode, et une faible production d’hormones thyroïdiennes telles que la thyroxine (T4) et la triiodothyronine (T3), dont l’iode est le composant principal.

Ces hormones jouent un rôle crucial, puisqu’elles contrôlent la respiration, le rythme cardiaque, le taux de cholestérol, le cycle menstruel, la température corporelle…

Le goïtre est l’un des signes d’un déficit d’iode. L’expression « crétin des Alpes » désignait à l’origine des personnes carencées en iodes, notamment parce qu’elles vivaient loin de la mer !

Veillez à conserver un apport en iode suffisant si vous tenez à consommer du sel de l’Himalaya, particulièrement si vous êtes végétarien (car le poisson permet de satisfaire les besoins).

3. Le sodium vous expose à l’hypertension

Le sel de l’Himalaya reste un sel : il contient du chlorure de sodium (NaCl) tout comme le sel de mer. N’y voyez donc pas un aliment santé à prendre à tous les repas !

Quel est le rapport entre le sel et l’hypertension ? Lorsque le sel se dépose dans vos vaisseaux sanguins, il y a moins de place pour les fluides. Par conséquent, leur pression augmente, ce qui force votre cœur à travailler davantage et réduit la capacité de vos reins à filtrer correctement l’eau.

Certes, ce n’est pas spécifiquement lié au sel de l’Himalaya. Mais le risque avec tous ces « aliments santé », c’est une confiance excessive dans leurs bienfaits et une surconsommation. Ce sel reste un sel.

4. Un excès de sodium vous expose aussi à l’ostéoporose

Comme avec tous les seuls, si vous intégrez le sel de l’Himalaya à votre alimentation quotidienne, vous aurez envie d’uriner plus souvent. Cela vous expose à une perte de calcium, ce qui fragilise vos os.

Ce n’est pas spécifique au sel de l’Himalaya, mais on ne présente pas le sel de mer comme un aliment santé. Le risque est davantage lié à l’usage proposé qu’au produit en lui-même.

5. Le sel de l’Himalaya est (légèrement) radioactif

Bon, cela fait peur à tout le monde, mais en réalité tout notre environnement est radioactif. Bananes, rochers, arbres, champignons… C’est la dose qui compte.

Mais le sel de l’Himalaya contient, parmi les 85 oligo-éléments tant vantés par ses promoteurs, les très célèbres radioactifs : uranium, radium, plutonium, et polonium. Ainsi que des éléments avec lesquels ont ne souhaite pas saupoudrer ses plats, comme l’arsenic, le mercure, le thallium et le plomb.
Ou encore des isotopes instables comme le promethium et le technetium qui peuvent se dégrader à tout moment.

Bref, c’est un joli cocktail. Dans les 85 oligo-éléments, il y a vraiment tout et n’importe quoi !

Mais c’est naturel 😉

Ici, je ne dis pas que cette radioactivité est dangereuse. Les quantités sont si infimes qu’elles n’ont pas le moindre effet : faites un séjour en Bretagne, et vous serez tout autant exposé à cause du granit rose !

En revanche, à arguments fallacieux sur les bienfaits de ce sel, je montre que l’on peut sortir d’autres arguments tout aussi fallacieux.

Le sel rose de l’Himalaya n’est pas renouvelable, et a des effets néfastes sur l’environnement

La production de sel de l’Himalaya est très polluante, et loin d’être un cycle court. En sus, c’est une ressource non renouvelable (comparée au sel de mer). Le monde n’est pas un gigantesque supermarché où l’on prend ce que l’on veut impunément !

On est pas au niveau de la corne de rhinocéros (dotée de propriétés thérapeutiques ou aphrodisiaques dans certains pays d’Asie), mais niveau pollution pour pas grand chose, le sel de l’Himalaya c’est pas mal quand même…

Avez-vous vraiment besoin de l’utiliser ? Même s’il avait des vertus, avez-vous envie d’exploiter une ressources non renouvelable ?

Ma conclusion personnelle

Le sel, sous n’importe quelle forme, est essentiel pour votre santé. On en trouve une quantité suffisante dans l’alimentation, et tous les apports supplémentaire (saler les plats) ne sont qu’une question de goût, mais à réaliser avec modération.

Le sel rose de l’Himalaya connaît un regain de popularité, aux côtés d’autres sels « exotiques », sel de Ibiza, Celtique, sel de Perse, noir, bleu…

Certaines personnes lui attribuent des bienfaits, mais pour l’instant aucun article n’a prouvé de façon scientifique ces bienfaits. Il est facile de se laisser embobiner par le marketing qu’il y a autour et le nombre de 84 oligo-éléments (qui ne veut rien dire en soi : on pourrait créer des pilules à 200 oligo-éléments si on le souhaitait…).

Ce qui est certain, c’est :

  • que c’est bien un sel, donc à consommer avec modération
  • qu’il manque d’iode, donc assurez-vous d’avoir un apport suffisant si vous faites de ce sel votre sel de prédilection pour les utilisations culinaires (cuison, assaisonnement…)
  • il est assez esthétique sur une table et apporte un élément de décoration comme un autre.

Certains disent qu’ils vont bien avec le miel, d’autres avec les charcuteries, bref, chacun fait comme il sent !

Pour ma part, je n’utilise pas de sel de l’Himalaya pour les raisons évoquées plus haut, et limite fortement la quantité de sel ajouté dans mon alimentation.

En revanche, j’apprécie la lumière des lampes en cristal de sel dont je parlais dans un précédent article.

Si vous tenez à consommer du sel, avant d’aller jusqu’au Pakistan, intéressez-vous aux sels de mer de nos côtes, à l’impact environnemental moindre, renouvelable, qui fait moins de parcours et qui est produit dans un pays aux conditions de travail décentes.

Après, comme toujours, le vous laisse juge. Vous avez les éléments 🙂

Où acheter du sel rose de l’Himalaya ?

Histoire d’être complet, concluons : où acheter ce sel ?

On en trouve maintenant dans toutes les boutiques bio, et même dans les supermarchés… Monoprix principalement (c’est lié à la typologie de clientèle…). Il s’achète aussi au kilo sur Amazon !

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On fait même des plaques de cuisson en sel de l’Himalaya, ce monde est complètement fou 😉

Pour continuer la discussion, vous pouvez allez voir mon article sur les Lampes de Sel de l’Himalaya (et leurs supposés bienfaits ou dangers).

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